Le Carnet de Bord

  • On fabriquait beaucoup de choses. Il y avait beaucoup de produits pour l'agriculture : le sulfate de cuivre, le sulfate de fer, le soufre pour mettre sur les vignes ; les produits pour l'industrie, par exemple, le bisulfite qui sert pour conserver le vin, l'hyposulfite pour la photo. Dans l'atelier de chlore, on faisait du gaz de chlore, de la soude, et avec ces deux produits, on faisait de l'eau de javel. Il y avait aussi le chlorure d'aluminium qui est un produit réactif qui sert dans l'industrie militaire ; le chlorure férique pour le traitement des eaux ; le chlorure de méthylène, le chloroforme, le tétrachlorure de carbone etc.

    Rio Tinto - L'Estaque au temps des usines

  • J'avais un voisin au boulevard Fenouil qui était Contremaître à l'usine Kuhlmann. Il m'a dit : "Si tu veux rentrer à l'usine, il y a de la place". J'avais 19 ans. je suis rentré à Kuhlamnn. J'y suis resté 41 ans.
    J'ai démarré comme simple ouvrier. je travaillais soit le matin de 7 heures à 13 heures, soit l'après-midi de 13 heures à 21 heures, ou bien la nuit de 21 heures à 5 heures. C'était assez pénible. Je l'ai fait pendant trois mois. Puis, je suis devenu chef d'équipe et au fil des années contremaître.
    Je suis resté la plus grande partie de mon temps à l'usine dans un service qui s'appelait le chlore. C'était là qu'on fabriquait le chlore. Ensuite, l'usine a commencé à fermer des ateliers. Je suis allé dans l'atelier des chlorométhanes. Lorsque celui-ci a fermé aussi, je me suis retrouvé dans l'atelier du chlorure d'aluminium.

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  • Ma génération, je suis de 39, quand on s'est retrouvé sur le marché du travail en 1960, on avait du travail partout. Après mes études d'infirmière, j'ai travaillé à La Timone, après à La Calade, j'ai eu un bébé, je me suis arrêtée de travailler pendant un an. Après, j'ai travaillé à la Clinique du Littoral. J'y suis restée neuf mois. Là, on est venu me chercher. On m'a dit : "On cherche une infirmière à Kuhlmann, est-ce que tu veux avoir un entretien avec le docteur ? Est-ce que ça te plairait ? Tu aurais les samedis et les dimanches et les jours fériés" chose que je n'avais pas dans le milieu hospitalier.
    J'y suis allée, mais j'ai demandé trois mois de réflexion. Et puis, j'y suis restée. C'était un travail très varié.
    J'étais un peu étonnée quand je suis arrivée. A l'école d'infirmière, il n'y avait pas de formation à la Médecine du Travail en usine à l'époque.
    Dans les hôpitaux, tout était propre, blanc, impeccable. Dans l'usine, il y avait des tuyaux partout. Tout était vieux. Mais, elle a appris à travailler avec les gens, des gens qu'elle connaissait. Les plus âgés, comme elle est du quartier, ils l'avaient vue naître. Les plus jeunes, ils avaient été à l'école avec elle.
    Petite, elle voulait être infirmière. Les garçons, c'étaient les cowboys ou les indiens. Elle, elle faisait l'infirmière. Elle s'occupait des blessés. Ils jouaient dans les rues de l'Estaque.

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  • Le 31 janvier 2011, c'est Claude Le Masson, infirmière à l'usine Kuhlmann de 1965 à 1981 qui est venue rencontrer les élèves de la classe de CM2 de l'école de l'Estaque gare. Avec elle, les enfants ont découvert la Médecine du Travail, le quotidien d'une infirmière en usine, les visites médicales, les soins médicaux, les maladies professionnelles, le Comité d'Hygiène et de Sécurité de l'usine, le Comité d'Entreprise.

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  • Il y avait un atelier qui s'appelait le four à sulfates. C'était un grand four qui avait la dimension d'une pièce, avec au milieu un pivot et des bras qui tournaient en permanence. Au bout des bras, il y avait comme des mains qui grattaient les parois pour ne pas que les produits restent collés. Parfois, il y avait des ouvriers qui étaient obligés d'ouvrir le four. Alors, il faisait chaud et des gaz sortaient. Les ouvriers, avec des barres à mines, ils tapaient à l'intérieur pour faire tomber les produits. C'était un travail très pénible.

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  • Les produits étaient à base de chlore, d'alcool, d'aluminium. On faisait du chlorure d'aluminium, du chlorure de fer. Il y avait toujours du chlore, du chlorure, du chlore.
    Tous les produits étaient transformés. On était une usine de recherche. On mettait des produits au point. C'était le laboratoire qui faisait les analyses et les chimistes qui prenaient les décisions et qui donnaient la marche à suivre.
    Les déchets chimiques lourds, on les mettait dans des camions citernes qui partaient je ne sais pas où ? Il y avait beaucoup de déchets qui partaient.
    Il y avait une autre partie des déchets chimiques qu'on allait jeter dans la nature, sur place. A l'époque, ils ne se préoccupaient pas de la pollution. Ils faisaient n'importe quoi. Il n'y avait pas de lois. Les filtres pour les cheminées, ça n'existait pas. Ce n'était pas bon pour la santé de respirer les fumées des usines. Mais quand on vit à côté, comment faire autrement ?

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