Son frère Sylvain

Sylvain Bettini au retour de Dachau

Sylvain était un fils d’immigrés politiques Italiens arrivés à Riaux en novembre 1923. Après une enfance passée dans le quartier de Riaux, il s’en alla travailler aux Poudreries de Saint-Chamas. Son père y était déjà. Il avait été réquisitionné et envoyé là-bas au début de la guerre.
En 1941, Sylvain partit à Paris. Il travailla dans l’Entreprise Métallurgique Molinot qui fabriquait les roues des wagons de chemin de fer.
En novembre 1943, Sylvain fut arrêté dans l’usine à la suite d’un sabotage. Déporté dans le nord de l’Italie et condamné à la pendaison, il se retrouva dans un Camp de Concentration, à Dachau plus précisèment, sous le matricule 65556.
Lucien, son jeune frère, reçut une lettre de Sylvain, écrite en allemand. Il se rendit dans le restaurant de Madame Ranté pour faire déchiffrer ce bout de papier par un des membres de l’organisation T.O.D.T. Cet homme parlait très bien le français. Quand il a vu Dachau, il a dit : « Dachau, c’est le plus grand camp de concentration de l’Allemagne ». A la tête que fit le gars, Lucien comprit que la situation était grave. Il ne savait pas ce qui se passait dans un Camp de Concentration. Il le sut plus tard.
En 1945, sur le chemin de l’école de Saint Louis, le journal « Rouge-Midi » avait affiché près du terminus de l’Estaque-Gare, une photo de cadavres entassés : « tas de cadavres du Camp de Dachau ». Alors, Lucien se dit : « Tant Sylvain, il est là-dedans ? » Lucien n’en toucha mot à ses parents.
Le 2 juin 1945, la famille reçut un télégramme provenant de la Direction des Absents, une branche du Ministère des Prisonniers de Guerre, les informant que leur enfant était peut-être déjà parmi eux. Sylvain entra le lendemain.
« Ça fait qu’il est arrivé le 3 juin et le 3 juin, on dormait à 3 dans la même chambre, mes deux frères et moi. Sylvain me faisait peur. »
Libéré le 29 avril 1945, Sylvain fut envoyé au Lac de Constance pour y être soigné.
« Il avait grossi de 16 kilos pendant les mois passés au Lac de Constance, mais ses cuisses, elles n’étaient pas plus grosses que ça ! (il tend deux doigts de sa main) Il m’en a raconté des choses… Des fois, quand il se levait, il avait un mort à droite et un mort à gauche… Il m’en a dit des choses… Et puis après, il ne m’a plus rien dit… Il se taisait… Les mots n’étaient pas assez forts pour raconter. »
Image extraite du film "La Parole Libérée"